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5 idées reçues sur l’allaitement à jeter aux oubliettes, une bonne fois pour toutes

04 mai 2021

5 idées reçues sur l’allaitement à jeter aux oubliettes, une bonne fois pour toutes

Les seins ont la vie dure. "Planches à pains" s’ils sont petits, "vulgaires" s’ils sont gros, "généreux" dans le meilleur des cas… Et quand il s'agit de les montrer remplir leur fonction première, aka nourrir un nouveau-né, Instagram s'embrase pour cause de "nudité ou acte sexuel" - ciel, un téton tété ! C’est tout un monde de fantasmes qui gravite autour de l’allaitement et hante l’imaginaire collectif. Et comme ils imprègnent nos nos échecs et nos réussites, on a décidé de les confronter à la réalité.

Mythe n°1 : le sein, cette sorte de sac à lait pas bien fignolé

Et on vous le donne en mille, ce n’est pas du Chanel. Imaginez une besace en suspens au-dessus du berceau, avec, s’il vous plaît, un tuyau qui descend directement dans la bouche de bébé. C’était ça les premiers biberons, les "Robert", nom tiré directement du langage familier pour dire "sein". Heureusement, ce modèle n’existe plus, mais reste révélateur. Le sein est perçu comme un simple contenant toujours trop vide, ou trop plein. Le lait y stagnerait et s’infecterait s'il y reste trop longtemps (un peu comme la piscine de Tonton Roger qui a eu le temps de virer au vert émeraude cet hiver). Et cette imperfection n'épargne pas le téton. Le mamelon idéal serait long, aplati, dur, à l'image des tétines. Et cette pression va jusqu'à la création de prothèse-tétons en silicone, alors que le sein fait son travail depuis des millénaires. Cherchez l'erreur...

Mythe n°2 : la source naturelle, mystérieuse et indomptable

L’eau, symbole de vie, provient de la nature. D’abord source, elle devient fleuve puis cascade. Mais elle peut aussi se tarir pendant les périodes de sécheresse ou être polluée par les pesticides. En clair, la source est une bénédiction de la nature, mais une bénédiction sur laquelle on ne peut pas compter, car elle peut disparaître ou se transformer en malédiction à tout instant. En cas de doute, autant creuser un puits à côté de la maison, c'est plus prudent. C’est la même chose avec l'allaitement ! On a peur de manquer de lait, alors on s'assure d'avoir toujours un stock de lait en poudre à portée de main, “au cas où” ! D’autant que les croyances populaires veulent que les femmes soient imprévisibles et incompréhensibles tout comme les mystères de la nature.

Mythe n°3 : la mère nourricière, généreuse à tout point de vue

Quand certains tendent à effacer la fonction des seins, d’autres l’étendent à la personne toute entière ! La mère nourricière idéale ressemblerait à ces divinités d’abondance et de fertilité visiblement obèses. Comme si toute l’énergie pour fabriquer de “beaux bébés” et produire du lait en quantité satisfaisante se stockait dans les formes. De quoi se transformer en coussin géant pour offrir à bébé une séance d’allaitement formule tout-confort. Et pourtant, s’il faut que ça se voit, il ne faudrait pas non plus qu’elle s’expose trop en train d’allaiter (les femmes et leurs écoulements, c'est une longue histoire...). Et surtout, que ça ne dure pas ! On ne voudrait pas en faire un fainéant et un dépendant affectif. Dualité, quand tu nous tiens...

Mythe n°4 : l'allaitement, ou comment devenir une vache laitière

Des mamelles bien visibles, pendantes, lourdes, d’où le lait jaillit en grands jets puissants - l’abondance étant la norme, bien entendu. Peut-être qu'en lisant ces lignes vous vous rappellerez de spots publicitaires aux slogans entêtants vantant les mérites des produits laitiers pour les personnes de tout âge. Très bien. Sauf que, les vaches, c’est aussi le regard bovin, le purin et la traite à la chaîne matin et soir. On aura vu mieux comme champ des possibles. D’autant plus que l’allaitement est rarement mieux vu que le verre de lait de vache, contrôlé et stérilisé.

Mythe n°5 : après l'obésité, la vision tiers-mondiste de l'allaitement

Des corps décharnés au seuil d’une maison au mieux sans eau courante et au pire en ruines, dans un mutisme et une indifférence assourdissante sur fond de musique mélodramatique... Ce sont malheureusement les images d’allaitement qui reviennent le plus dans les reportages et les émissions. Une image de résignation et de fatalisme, où l’allaitement incarne la dernière ressource en pleine misère. Vive la grossesse et l'allaitement, youhou.

Au-delà de ces mythes...

Ce qu'on voudrait que vous reteniez, c’est de ne pas douter des capacités de votre corps à tout va. Bien sûr, des pathologies existent, mais elles n'ont pas à obséder vos pensées. Si votre corps a su donner vie à votre bébé, il sait aussi produire ce qu’il y a de mieux pour lui, aussi longtemps qu’il en a besoin. Vous pouvez faire confiance à votre corps, à votre lait, à vos mamelons... Vos seins sont faits pour produire rapidement du lait, et ni leur forme, ni leur débit, ne remettent en question leur efficacité. La parentalité n’est pas une performance. Plus qu’un rituel automatique, l’allaitement est un moment de complicité et de tendresse avec son enfant.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter L'allaitement : De la naissance au sevrage de la pédiatre Marie Thirion, dont cet article est directement inspiré ou vous rendre sur son blog.