mars 16, 2017

Ecrit par Lucie

Toutes les jeunes mamans connaissent des difficultés pour retrouver la ligne après une grossesse. Mais dans un monde bercé par les TV Réalités et magazines people, on a parfois du mal à s’en rendre compte : surtout quand on est une maman « anonyme », sans coach fitness ni diététicienne privée, ni une petite armée de nounous jour et nuit, qui doit affronter baby blues, fatigue et surcharge de travail.

Et pire encore quand la tendance « Fit Mum » vient insolemment racoler nos fils Instagram et Facebook avec leurs #NoExcuse #NoPainNoGain à en faire culpabiliser plus d’une qui traine en legging sur son canapé dans son haut d’allaitement.

couche joone

Bref, en plus de la pression subie pour combiner les statuts de maman parfaite, épouse parfaite, employée parfaite, la Maman 2017 doit en plus se hisser au top des standards de beauté : maquillage au cordeau, abdos saillants et #OutfitOfTheDay irréprochable.

La toile et les projecteurs sont impitoyables. Un kilo de trop ? Tu te laisses aller, tu es out. Même les stars en paient les pots cassés : en 2014, le site Première disait de l’actrice, Olivia Wilde (qui n’avait pas perdu assez vite ses kilos de grossesse) qu’ elle décevait et faisait peur.

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En vrai, y’a pire…

2014, c’était justement l’année où j’ai eu mon premier enfant.
On panique toujours un peu lorsqu’on lit ce genre de papiers, même si la raison nous murmure que c’est extrême, qu’il faut y aller à son rythme et que même si on le les perd pas tous, ces kilos : la belle affaire ?
Je suis Maman, et fière de l’être. Une maman, après tout, ça a le droit de ne plus avoir un corps filiforme et enfantin, non ?
Depuis 2014, je ne portais pas plus d’attention que cela au retour de ma silhouette :
- Je préférais profiter de ma nouvelle vie de maman, de mes enfants
- J’ai choisi d’allaiter mes enfant et les régimes sont proscrits pendant cette période.
- Je me suis dit que le retour à mon poids de forme se ferait petit à petit
- J’ai repris le sport progressivement, davantage dans l’optique de retrouver une bonne condition physique que mon corps d’ado…

Et puis il y a eu cet événement, la semaine dernière.

Au sortir d’une séance de cardio, fièrement improvisée sur mon créneau de pause déjeuner (Tête haute, en mode #TeamOrganisation, etc.) une bande de 3 jeunes m’aborde dans la rue. L’un d’eux pose rapidement sa main sur mon ventre en disant « Hey, grosse, retourne à ta muscu, t’as encore le ventre qui pend ! »

Oui, j’ai accouché il y a 4 mois d’un merveilleux petit deuxième petit gars : une nouvelle grossesse menée à terme, et un autre gros bébé de 4kg. Autant dire que j’avais un sacré Baby Bump.

Le constat :
Certes, c’était très certainement de la provocation gratuite : même si j’avais eu le corps le plus parfait du monde, ils auraient eu quelque chose à dire car ils voulaient juste se trouver quelqu’un sur qui déverser leur venin.

Mais cette situation est le reflet d’un réel problème : la pression de la perfection qu’on fait peser sur les mamans, qui dépasse largement les anecdotes de magazine people.

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Et si j’avais choisi de me “laisser aller”, comme ils disent ? Si ce 
« laisser aller » signifiait en fait pour moi, “accepter mon corps comme celui d’une nouvelle réalité, de femme et de maman”.

On revendique haut et fort le droit d’allaiter ou de ne pas allaiter : pourquoi ne pourrait-on pas revendiquer sans honte le droit d’avoir quelques bourrelets post-partum?

Et si, cette peau en trop, ces petits excès à droite à gauche, je voulais réellement les garder sur moi, comme un tatouage, comme le souvenir de cette période extraordinaire (la grossesse) qui m’a marqué corps et âme ?

Malgré cela, je me suis sentie petite et minable, comme une adolescente harcelée au lycée.

J’ai pensé à l’extrême :
- faire des abdos à la place de déjeuner
- un planning de sport drastique
- Arrêter cet allaitement qui m’empêche de faire régime…

Mais plus sérieusement… Je suis la première à détester ces diktats de la mode qui imposent toujours plus de squelettisme. J’aime manger et bien vivre.
En se raisonnant, on se dit qu’effectivement, on est toujours le gros/moche de quelqu’un.

Mais il y a des moments où on est plus sensibles que d’autres aux railleries : changements hormonaux, fatigue, bouleversements physiques et physiologiques…

Alors mon cri d’appels à ces 3 jeunes débiles: ménagez les mamans : elles ont toutes un passé (une grossesse, des échecs de grossesse, un post partum difficile…) et ne devraient jamais avoir à se justifier, ni envers les autres, ni envers elles-mêmes. Parce qu’au final, sans elles, l’humanité serait peu de choses, et vous, vous ne seriez pas là.