Violences éducatives : encore trop de fessées en 2019 ?

mars 21, 2019 1 Commentaire

Violences éducatives : encore trop de fessées en 2019 ?

Pour Sénèque, la flagellation dissipait la fièvre… Au Moyen-Âge, des médecins italiens prescrivaient la flagellation aux personnes trop maigres, et Rabelais recommandait la flagellation des fesses au panicaut (chardon piquant)... Qu’il est doux le temps de la bonne fessée éducative ! Et même aujourd’hui, il est frappant (sans mauvais jeu de mot) de voir comment la fessée déchaîne toujours autant les passions. Si les châtiments corporels d’antan semblent bien loin, 85% des parents français affirment avoir toujours recours à des violences dites “éducatives”. Alors la fessée, on la donne ou pas ? Quelles sont les véritables conséquences psychologiques pour un enfant qui en reçoit régulièrement ? Et pourquoi n'est-elle toujours pas interdite en France ? On a fait le point sur la question…

Y a-t-il des fessées qui se perdent ?

Selon la Fondation pour l'Enfance, 85% des parents français ont recours à des violences dites “éducatives”. En d’autres termes la grande majorité des parents assume une certaine tolérance vis-vis de la fessée et pense même que l’usage de la fessée permet aux enfants d’avoir des limites nettes et précises, bénéfiques à leur éducation. Pour autant, ce n’est pas l’avis de tout le monde en France. Les députés ont été consultés au Sénat et nourrissent en ce moment un débat qui devrait aboutir en une proposition de loi visant à "lutter contre les violences éducatives ordinaires". Pour Laurence Rossignol, l'ex-ministre des Familles :

"aucune violence ne sera jamais éducative, aucune violence ne sera jamais ordinaire. L'autorité parentale n'a pas besoin de droit de correction pour s'exercer et s'exerce sans violence physique ou psychologique. On ne peut pas lutter contre la violence dans la société tout en la tolérant dans la famille."

Pour Elisabeth Doineau (centriste), ce débat est l’occasion de  "remettre en cause des principes d'éducation souvent admis et souvent transmis de génération en génération. Je crois que je n'ai plus envie d'entendre. il y a des fessées qui se perdent", a-t-elle ajouté. Pourtant, pour Pascale Gruny député Les Républicains, "Ce n'est pas à la loi de dire ce qu'est un bon ou un mauvais parent”.

La fessée à travers le monde

Pendant qu’en France on débat, la fessée a déjà pris ses cliques et ses claques dans 52 pays ! En juillet 1979, la Suède interdit par exemple toutes formes de punitions corporelles, fessées comprises, et les punitions morales ou traitements vexatoires. Même si l’interdiction n'est pas assortie de dispositions pénales, l'enfant a le droit de se plaindre ! C’est déjà ça ! Le Canada quant à lui n’est toujours pas décidée sur la question et en Nouvelle Zélande, 88% des parents s’opposaient en 2009 à une législation anti-fessée...
En France, l'utilisation de la fessée dans le cadre familial a tout de même fait l'objet d'une volonté d’ interdiction depuis le 22 décembre 2016, mais reste autorisée par le Conseil Constitutionnel. Pourtant, un an plus tard, la CAF avec l'appui de  Laurence Rossignol, l'ex-ministre des Familles, prenaient position avec un livret destiné aux familles et où l’on explique pourquoi frapper un enfant (fessée, gifles, tapes, gestes brutaux) n’a aucune vertu éducative.

“Les punitions corporelles et les phrases qui humilient n’apprennent pas à l’enfant à ne plus recommencer, mais génèrent un stress et peuvent avoir des conséquences sur son développement” explique le livret, dont une version pdf est disponible ici


Les organisations internationales en guerre contre la fessée 

En 2002, l’ Organisation Mondiale de la Santé se prononce contre l’usage des punitions corporelles, en raison de leur caractère nocif pour le développement des enfants. Elle en fait même un « problème de santé publique ». Le Conseil de l'Europe, L' Unicef et l' ONU suivent ensuite et s'engagent à interdire même les "petites fessées". Les organisations internationales engagées contre la pratique de la fessée défendent le fait qu’on ne peut pas espérer régler les problèmes de violence dans le monde, si l’on n’applique pas à soi-même ce principe de non-violence à la maison.


La portée psychologique de la fessée

Mais alors, psychologiquement, quelles sont les véritables conséquences de la fessée chez un enfant ? S elon une enquête Sofres réalisée en 2009 , 67% des parents donnent encore des fessées, alors que 45% la considère comme une pratique normale d’éducation. Au final, 82% parents reste encore hostile à une loi anti-fessées.

Pourtant, les chercheurs se sont depuis quelques années passionnés sur le sujet. En 2016, une étude américaine indique que l'usage des seules fessées à main nue, même sur la couche est associé à une augmentation de nombreux troubles et problèmes au cours de l'enfance : agressivité, comportement antisocial, troubles émotionnels et du comportement, problèmes de santé et de santé mentale, relations négatives avec les parents... La fessée est aussi associée à une intériorisation moindre des principes moraux, à une diminution des capacités cognitives et de l'estime de soi. Les chercheurs auraient finalement conclu à l'inefficacité totale de la fessée, puisqu'elle ne rendraient pas les enfants plus dociles pour autant.

Une étude, publiée en 2003 et portant sur 44 familles (et sur des enfants âgés en moyenne de 18 mois), suggère que la fessée chez de très jeunes enfants engendre toujours plus de stress, et qu'ils auront plus de difficultés à surmonter de futures situations stressantes.

Enfin, pour le médecin Jacqueline Cornet et la professeure de Psychopathologie Odile Bourguignon, l’usage de la fessée auraient même plus de conséquences encore. Selon elles, les enfants recevant des fessées seraient plus touchés par des accidents et des maladies graves.

Source :
Etude sur la fessée réalisée par le docteur Elizabeth Gershoff, Université du Texas à Austin


1 Réponse

Emilie
Emilie

juin 24, 2019

Il me semble pourtant qu’une loi interdisant les veo (dont la fessée fait partie) a été votée le 30 novembre dernier.

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