mars 01, 2017


Ou comment les startups vont révolutionner le patronat... Par Carole.

Il y a quelques semaines, on rigolait à plein tube dans notre bureau à propos d’une vidéo Konbini qui reprenait le passage de Matrix ou Néo doit choisir entre la pilule bleue, celle qui le fera rester dans la Matrix, et la pilule rouge qui lui ouvre le monde de la Matrix et l’emmène avec le lapin au fond du gouffre ( petite référence à Lewis Carroll et Alice au Pays des Merveilles, cela dit en passant) pour découvrir le monde, le vrai. Dans la vidéo joke de Konbini, Neo dit “ah ben je vais prendre la pilule bleue, je vais pas me faire chier” et voilà, le film est fini. Pas de Matrix Trilogy. Pas de Lambert Wilson en robe en cuir. #damnit.

Le choix de Néo dans le vrai Matrix, nous sommes nombreux à l’avoir fait. Renoncer à la pilule bleue des cabinets de consulting ou des positions à hiérarchies rallongées dans des hypers groupes, des choix presque pré-requis quand on sort d’une grande école de commerce, ou quand on a envie d’écouter ses parents, ou tout simplement besoin de se prouver qu’on peut réussir à rentrer chez un LVMH ou un GE.

Renoncer à la pilule bleue pour devenir un créateur, un hybride, un slasher, celui qui parmi ses copains de promo n’a pas encore remboursé son prêt étudiant, celui qui ne peut pas expliquer juste par un intitulé hyper catchy en quoi consiste son job, celui qui a le droit de ne pas porter de cravate sur son profil LinkedIn.

Nous, les renonceurs de pilule bleue, aimons tous croire que nous sommes différents de nos anciens potes de promo, sans avoir forcément un jugement de valeur face à eux et leurs choix, mais est-ce vraiment le cas ?

CEO vs PDG: Go Go Power Rangers ?

Déjà, il faut le dire, un créateur de startup, c’est un chef d’entreprise. Tous ceux qui parmi vous ont signé des statuts savent que dessus il est écrit Président Directeur Général. Notre CM rigole souvent en nous appelant, mon associé et moi, Directeur Général ou Présidente, et on rigole avec elle car on trouve ça décalé. Mais la vérité reste bien là, présente, officialisée par un joli sceau du Greffe du TGI. On trouve des super parades en se présentant aux gens comme « CEO » ou « fondateur » car ça fait partie du jargon que nous autres startuppeurs avons trouvé pour éviter qu’on nous confonde avec les autres, les vrais PDG, ceux qui sont au MEDEF et qui délocalisent les emplois dans les Philippines juste pour donner de l’argent à leurs actionnaires (qu’ils disent).

Sauf que les plus chanceux parmi nous ont, comme les PDG du MEDEF, des actionnaires. C’est d’ailleurs le saint Grâal d’une startup : lever des fonds. On a tendance à croire qu’ une levée de fonds, c’est un peu comme le chèque de mamie à Noël : on le prend, on dit merci, au revoir à l’année prochaine et on file le dépenser en surf-camp ou en jolis chaussures. La réalité est bien différente. Une levée de fonds, c’est avant tout des comptes à rendre, un board de gens extérieurs qui viennent et vous disent oui ou non car leur but n’est pas juste que la startup soit sympa mais aussi (et surtout) un jour revendre, à un autre fonds, à un industriel, en IPO si vraiment ils sont chanceux. Et étonnamment, personne dans la communauté des startups ne trouve ça « mal ».

En pleine période électorale, c’est compliqué d’être chef d’entreprise. C’est peut-être aussi pour ça que l’on dit tous qu’on est CEO, car un CEO, c’est cool, ça vient en t-shirt au bureau, ça achète des Mars glacés pour son équipe le vendredi au goûter, ça organise des activités team-building cools (on est allé chez iFly, j’imagine mal Carlos Gohn emmener son Top Management faire de la chute libre indoor dans une combi seyante). Mais un CEO, c’est aussi quelqu’un qui doit faire des contrats, payer son adhésion à une organisation patronale pour avoir une couverture et sociale, recruter et aussi virer des gens, faire des choix qui sont parfois ( souvent) ( tout le temps) compliqués, avec des responsabilités qui peuvent être désarmantes. Surtout qu’un PDG à l’ancienne a passé des années à faire de la grimpette hiérarchique, qu’il a compris, vu, appris dans toutes les phases de cet arc-en-ciel professionnel alors que nous sommes propulsés au rang de MVP au all-star game sans avoir parfois touché un seul ballon en tryout.

Jusqu’où aller avec le lapin ?

Et donc nous avons une responsabilité. Qu’on le veuille ou non, nous sommes l’avenir du patronat. Toutes ces petites pratiques que nous mettons en place, toutes ces petites choses que nous faisons dans notre coin, parfois mal, parfois approximativement, parfois expérimentalement, tout ça doit devenir l’avenir de l’entreprise de demain. Nous ne sommes pas juste « en train de faire une boîte dans notre coin », nous sommes en train de définir comment on fera les boîtes dans dix, vingt ans. Les grands groupes se tournent de plus en plus vers nous, non pas pour se marrer en disant « ils sont cinglés, ces jeunes » mais surtout pour essayer d’apporter ne serait-ce qu’un iota de nos pratiques dans leurs grosses machines. Nous faisons ça, tous les jours . Nous avons cette responsabilité. De montrer au monde qu’on peut être un patron en étant sympa, qu’on peut être un patron sans se protéger derrière les lignes hiérarchiques, qu’on peut avoir des actionnaires heureux sans délocaliser dans les Philippines, qu’on peut faire de l’argent en étant éthique, et qu’il n’y a pas que les gens dans l’économie coopérative qui font du « good » business, avec des valeurs saines et des envies de faire un monde meilleur. On peut tous le faire. Let’s do well by doing good .

Couche joone
Allez me la chercher, elle s’est foutu de la gueule de ma robe en cuir.

On a été invité par le MEDEF en tant que primo-adhérents, et oui, on ira. En chemise / hoodie avec des basket, on dira « tu » quand on nous présentera quelqu’un même si c’est un PDG du CAC 40, on pourra utiliser « ouf » dans une phrase, et on assumera. Parce que dans dix, dans vingt ans, il faut que ça soit nous qui soyons là-bas pour re-définir ce qu’est une entreprise. Pour prêcher et convertir que nos pratiques de jeunes en basket ne nous empêchent pas d’être successful, et que c’est nous l’avenir de l’entreprise en France et qu’on a eu mille fois raison de renoncer à cette pilule bleue et d’aller jusqu’au bout avec le petit lapin.