Les patrons de l'IA laissent-ils leurs enfants l'utiliser ?

29 octobre 2026

Un jeune enfant dessine au feutre sur une feuille de papier

Pendant quinze ans, les patrons de la tech ont tenu leurs propres enfants à distance des écrans qu'ils vendaient au reste du monde. L'intelligence artificielle est en train de changer cette règle, et ce que ces parents très particuliers autorisent, encadrent ou refusent chez eux en dit long sur ce que nous pouvons faire chez nous.

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29 octobre 2026 — Lecture : 3 min

1 h 30

Temps d'écran hebdomadaire autorisé par Peter Thiel à ses enfants de 3 et 5 ans. Source : Aspen Ideas Festival (2024), cité par Business Insider.

Hier, pas d'écran. Aujourd'hui, pas d'écran passif

La Silicon Valley a longtemps eu une règle simple pour ses propres enfants, et elle tenait en deux mots : pas d'écran. Steve Jobs n'a jamais laissé les siens approcher l'iPad, Bill Gates n'a pas donné de téléphone aux siens avant 14 ans, Sundar Pichai, le patron de Google, a laissé son fils de 11 ans sans portable, et Peter Thiel, premier investisseur de Facebook, a fait sursauter le public en 2024 en expliquant que ses enfants de 3 et 5 ans avaient droit à une heure et demie d'écran par semaine, pas davantage.

L'IA rebat les cartes, parce qu'elle ne se regarde pas comme une vidéo : on lui parle, on lui demande quelque chose, on construit avec elle. Le problème n'est donc plus l'écran lui-même, mais l'écran passif, c'est-à-dire celui devant lequel l'enfant consomme sans rien produire. Reste à savoir ce que les enfants de ceux qui fabriquent l'IA ont le droit d'en faire, et c'est là que les familles se divisent.

L'IA pour créer

Chez Mark Zuckerberg, l'IA est d'abord un outil de fabrication. Dans un texte publié en août 2026, le patron de Meta écrit que sa fille de 8 ans code déjà ses idées et monte des vidéos en une soirée. Un portrait publié en septembre par le média Colossus détaille ce qu'une de ses filles a bricolé avec ces outils : une application de messagerie, un jeu inspiré de FarmVille, un site personnel, un roman de sirènes, un blog, un podcast et des livres audio qu'elle enregistre elle-même. Tous ces projets sont partis d'elle, insiste sa mère, Priscilla Chan, qui y voit l'envie, chez une enfant, de faire exister quelque chose.

Alexis Ohanian, cofondateur de Reddit, va dans le même sens avec sa fille Olympia, 7 ans, dont il disait en 2025 vouloir qu'elle utilise l'IA « tous les jours ». Il a ressorti ses propres dessins d'enfance, des super-héros au crayon, et les a transformés avec elle en illustrations en couleurs. Dans les deux familles, l'enfant fabrique quelque chose ; il ne regarde pas.

Le cadre : ce qu'ils autorisent, ce qu'ils refusent

Créer, oui, mais pas n'importe comment. Priscilla Chan le dit sans détour : sa fille « est assez limitée, parce que maman ne la laisse pas construire des choses ouvertes sur Internet ». La petite voulait monter un site de rencontres ; la réponse a été non. Chez les Zuckerberg, l'IA sert à fabriquer, pas à publier, et surtout pas à entrer en contact avec des inconnus.

Alexis Ohanian pose une autre limite : l'IA est un plus, pas un remplaçant, et lire, écrire, compter restent la base que sa fille doit maîtriser seule. Kate Ryder, fondatrice de Maven Clinic (santé des femmes et des familles), répète la même chose à ses enfants tous les jours : il faut lire, des romans surtout, parce qu'« on ne peut pas sous-traiter la réflexion ». Elle utilise pourtant l'IA avec eux, mais comme un guide : en voyage, elle s'en sert pour leur raconter l'histoire des lieux qu'ils visitent, et c'est elle qui raconte.

Ceux qui freinent

Sam Altman, le patron d'OpenAI et père d'un petit garçon né en 2025, est le plus prudent de tous. Interrogé en avril 2026 par la journaliste Laurie Segall, il a reconnu ne pas savoir quand il laisserait son fils parler à une IA, en précisant qu'il préférait « être du côté tardif du raisonnable ». Cette prudence ne sort pas de nulle part : un an plus tôt, il s'inquiétait publiquement de la dépendance affective de certains jeunes envers ChatGPT, c'est-à-dire de cette tendance à laisser la machine décider à leur place. Pour l'instant, dit-il, il veut que son fils joue dans la terre.

Steve Chen, cofondateur de YouTube, a une autre crainte, celle de la concentration. Devant des étudiants de Stanford en 2025, il expliquait ne pas vouloir que ses enfants deviennent incapables de regarder quoi que ce soit de plus de 15 minutes, et son objectif est qu'ils sachent « faire les choses lentement, à la dure ». Son fils de 16 ans a sa propre réponse, qu'il a demandé à son père de transmettre : il lit des livres, regarde des films et n'aime pas l'IA.

Ce que vous pouvez en retenir

Trois usages à reprendre :

  1. Créer. Une histoire illustrée, un dessin colorisé, un petit jeu, une vidéo : l'enfant a l'idée, l'IA l'aide à la réaliser.
  2. Faire ensemble. Une recette, une question posée à deux, l'histoire d'un lieu en vacances : le parent est à côté, et c'est lui qui raconte.
  3. Poser un cadre. Rien qui soit ouvert sur Internet, et des bases (lire, écrire, compter) que l'enfant travaille sans IA.

Deux choses à éviter :

  • L'IA « copain » à qui l'enfant se confie seul.
  • Les vidéos en boucle, avec ou sans IA.

L'IA n'est pas une menace en soi. Tout dépend de ce que l'enfant en fait, du cadre qu'on lui pose, et de qui est assis à côté de lui.

Bibliographie



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