Les lycéens manifestent : votre bébé est-il concerné ?

Depuis la mi-septembre, les lycéens réclament des moyens pour leurs établissements. Pour les parents d'un enfant qui n'est pas encore à l'école, la question se pose autrement : d'où vient la baisse du niveau scolaire que ce mouvement met en lumière, et quelles méthodes, parmi celles qui existent, ont une efficacité mesurée ?
Sommaire
1.Ce que demandent les lycéens
2.D'où vient la baisse du niveau scolaire
3.Ce qui marche, chiffres à l'appui
2 min de lecture
19,4 fautes. C'est la moyenne des élèves de CM2 en 2021 sur une dictée de 67 mots. En 1987, sur la même dictée : 10,7. (DEPP, Note d'information n° 22.37)
1. Ce que demandent les lycéens
Des moyens et deux abrogations ; rien sur le contenu des programmes.
Parti le 18 septembre d'un lycée de Créteil, le mouvement a touché au plus fort un lycée sur quatre, d'abord en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, les lycées des quartiers favorisés l'ayant rejoint par solidarité. Les revendications tiennent en une ligne : moins d'élèves par classe, davantage de professeurs, des bâtiments rénovés, des journées moins longues, et le retrait de Parcoursup et de la réforme du bac de 2019. Le gouvernement a répondu par une consultation et 3 000 remplaçants, jugés insuffisants ; une mobilisation contre la vie chère, ce samedi 17 octobre, pourrait servir de relais.
2. D'où vient la baisse du niveau scolaire
Les écarts se creusent à l'école primaire, là où la dépense par élève est la plus faible, et le lycée les amplifie.
Sur les moyens, les lycéens ont raison : en euros constants, la dépense par élève du second degré n'a pas progressé depuis 2009 (11 870 euros, puis 11 660 en 2024). Mais la France dépense déjà davantage pour un lycéen (13 020 euros par an) que pour un écolier (9 080 euros), et jusqu'à 19 070 euros pour un élève de classe préparatoire : l’argent suit d’abord le niveau d’études, et assez peu le profil de l’élève. La principale exception est l’éducation prioritaire, ces écoles et collèges classés selon le milieu social de leurs élèves, où les classes de grande section, de CP et de CE1 ont été réduites à une douzaine d’élèves (12,7 en moyenne en CP en 2024, contre 21,7 en 2015). Or la baisse du niveau se mesure à tous les âges, mais elle commence à l'école élémentaire, qui est à la fois le niveau le moins financé et celui que la France finance en dessous de la moyenne de l'OCDE.
Le constat, dans le temps :
🔹 Orthographe. Même dictée de 67 mots donnée à des CM2 en 1987, 2007, 2015 et 2021 : 10,7 fautes, puis 14,7, 18 et 19,4 (DEPP).
🔹 Mathématiques en quatrième. 530 points en 1995, 479 en 2023 à l'enquête TIMSS ; les élèves de quatrième de 2019 ont le niveau des élèves de cinquième de 1995, et l'écart entre les plus faibles et les plus forts s'accroît depuis.
🔹 Mathématiques à 15 ans. 511 points en 2003, 474 en 2022 à l'enquête PISA, dont 21 points perdus entre 2018 et 2022, la plus forte baisse jamais enregistrée en France.
Les explications avancées par les travaux publiés sur le sujet (DEPP, OCDE, rapport Villani-Torossian) :
🔹 Le Covid, qui explique une partie de la chute de 2022 mais pas la tendance, antérieure de vingt ans.
🔹 La formation en mathématiques des professeurs des écoles : en 2015, 53 % des élèves de CM1 avaient un enseignant sans formation aux contenus mathématiques, 23 % encore en 2019.
🔹 Le recrutement, avec des postes non pourvus aux concours plusieurs années de suite, notamment à Créteil et Versailles.
🔹 L'origine sociale, qui explique en France près d'un cinquième des écarts de résultats, davantage que dans la plupart des pays de l'OCDE.
🔹 Les écrans, qui agissent sur les résultats par trois voies documentées : le sommeil, qu'ils raccourcissent ; l'attention, les élèves qui se disent distraits par leur téléphone en cours de mathématiques obtenant une quinzaine de points de moins à PISA ; et, avant trois ans, le temps d'échange avec un adulte, qu'ils remplacent, ce qui a conduit la commission d'experts de 2024 à recommander aucun écran avant cet âge.
3. Ce qui marche, chiffres à l'appui
Les méthodes dont l'effet est le mieux établi agissent avant dix ans, et la plupart ne coûtent rien.
L'Education Endowment Foundation, fondation britannique qui compile les études mesurant l'efficacité des méthodes d'enseignement, exprime l'effet de chacune en mois de progrès gagnés sur une année scolaire :
🔹 La méthode syllabique : + 5 mois. Apprendre d'abord la correspondance entre lettres et sons (« b » et « a » font « ba ») avant de reconnaître des mots entiers, par opposition aux méthodes globales ou mixtes ; c'est celle que le ministère impose au CP depuis 2018.
🔹 Le tutorat individuel : + 5 mois ; en petit groupe : + 4 mois. Un adulte reprend régulièrement ce qui n'a pas été compris en classe.
🔹 L'implication des parents : + 4 mois. Lecture à voix haute quotidienne, suivi des devoirs, échanges avec l'enseignant.
🔹 La réduction de la taille des classes : + 2 mois. En France, le dédoublement des CP en éducation prioritaire a produit un gain de 8 % d'écart-type en français et de 13 % en mathématiques (DEPP, 15 000 élèves).
🔹 L'école privée. Les écarts bruts lui sont favorables, mais ils ne diffèrent guère une fois tenu compte du milieu social des élèves ; à famille comparable, un enfant réussit à peu près aussi bien dans le public, et ce que les parents achètent surtout, c'est la composition de la classe.
Pour les parents d'un enfant en bas âge, deux conclusions. La première : les leviers les plus puissants, la lecture par les sons, le tutorat, la lecture à la maison, agissent au CP et au CE1, bien avant le lycée. La seconde : avant le CP, le seul levier disponible est l'implication des parents, et elle commence par le langage, comme nous l'avons expliqué dans L'école dès 1 an peut-elle vraiment réduire l'écart de langage ? : ce qui fait progresser un tout-petit, c'est l'interaction avec un adulte.
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Sources
🔹 ETEVE Y., NGHIEM X. & CHAAYA C. « Les performances en orthographe des élèves de CM2 toujours en baisse, mais de manière moins marquée en 2021 ». Note d'information DEPP n° 22.37 (2022). https://education.gouv.fr/media/119533/download
🔹 SALLES F. & LE CAM M. « TIMSS 2019 Mathématiques au niveau de la classe de quatrième : des résultats inquiétants en France ». Note d'information DEPP n° 20.47 (2020). https://education.gouv.fr/media/73355/download
🔹 LACROIX A., PHILIPPE C. & SALLES F. « Timss 2023 en quatrième pour les mathématiques ». Note d'information DEPP n° 24.48 (2024). https://education.gouv.fr/media/198560/download
🔹 BERNIGOLE V., FERNANDEZ A., LOI M. & SALLES F. « PISA 2022 : la France ne fait pas exception à la baisse généralisée des performances ». Note d'information DEPP n° 23.48 (2023). https://education.gouv.fr/media/159228/download
🔹 OCDE. PISA 2022 Results (Volume II) (2023) — distraction par les appareils numériques en cours de mathématiques.
🔹 INSEE / DEPP. « Dépenses d'éducation », France, portrait social, édition 2025. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8612572
🔹 DEPP. « Comparaisons internationales des dépenses d'éducation en 2019 » (2023).
🔹 VILLANI C. & TOROSSIAN C. 21 mesures pour l'enseignement des mathématiques. Rapport au ministre (2018).
🔹 Education Endowment Foundation. Teaching and Learning Toolkit. https://educationendowmentfoundation.org.uk/education-evidence/teaching-learning-toolkit
🔹 ANDREU S., BEN ALI L., BRESSOUX P. & al. « Dispositif d'observation et d'évaluation CP dédoublés : premiers résultats ». Document de travail DEPP (2019). https://education.gouv.fr/media/21722/download
🔹 DEPP. « Public-privé : quelles différences ? », Éducation & formations. https://education.gouv.fr/media/13811/download
🔹 Commission « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », rapport remis en avril 2024.
🔹 France 24 / AFP, 6 et 12 octobre 2026 ; Euronews, 6 octobre 2026 ; Maire info, 2 octobre 2026 ; CNEWS, 12 octobre 2026.
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